Objet usuel Fulbe Afrik

Objet usuel Fulbe Afrik

dimanche 29 décembre 2013

Productivité de la race bovine Borgou selon les systèmes d'élevage traditionnels au nord-est du Bénin



Le cheptel bovin du Bénin s'élève à près d'un million de têtes. Le département du Borgou, au nord du pays, abrite plus de 65 pour cent de l'effectif national.

Dans le cadre du projet Développement de l'élevage dans le Borgou-Est (PNUD/FAO/BEN/88/012), un programme d'étude de la race Borgou en milieu traditionnel a été lancé avec pour objectifs, entre autres, d'approfondir la connaissance des systèmes d'élevage et d'améliorer les niveaux de performance.

Dans le passé, des systèmes d'élevage traditionnels ne bénéficiaient que d'un intérêt tout relatif. Le potentiel génétique et les qualités du bétail local étaient jugés comme trop faibles. Avec les échecs successifs d'introduction de bétail importé, un changement d'attitude s'est opéré envers les races locales et les systèmes d'élevage traditionnels.

Les informations disponibles sur la productivité des races africaines en général et de la Borgou en particulier demeurent peu importantes. L'article reprend les observations de cinq années d'étude (de 1988 à 1992) sur les systèmes traditionnels d'élevage dans la zone du projet et permet de disposer d'informations plus précises sur la productivité de la race bovine Borgou, race trypanotolérante relativement méconnue. 


L'étude s'est déroulée de 1988 à 1992 dans les sous-préfectures de Nikki, Kalale et Segbana, à l'est du département du Borgou (voir la carte). Le périmètre d'étude est situé entre 3° 10' et 3° 50' de longitude est et entre 9° 45' et 11° de latitude nord, à une altitude de 350 m. 

Le milieu est sous l'influence du climat soudanien, la saison des pluies dure approximativement cinq mois (de la mi-mai à la mi-octobre) avec une pluviométrie moyenne de 1200 mm, en 70 jours de pluie. L'harmattan, vent froid et sec, souffle en décembre. Les températures moyennes annuelles sont de l'ordre de 26 à 27°C.

Le paysage est un ensemble varié de forêts claires aux différents types de savanes entrecoupées de galeries forestières. Celles-ci sont faiblement infestées par Glossina tachinoides et G. palpalis gambiensis. 

Les essences dominantes sont Khaya senegalensis (cédrat), Adansonia digitata (baobab), Vitellaria biglobosa (karité), Parkia biglobosa (néré). La zone soudanienne abrite une strate herbacée à dominance de graminées qui brûle chaque année. 



L'élevage extensif traditionnel est dominé par deux systèmes d'exploitation des pâturages naturels. D'une part, le système transhumant, caractérisé par une grande mobilité et un faible lien avec l'agriculture. 

D'autre part, le système sédentaire, où l'élevage associé à différentes cultures (de subsistance ou de rente) occupe les zones situées aux alentours des villages (Ministère du développement rural, 1989).

L'élevage bovin est l'apanage des éleveurs Foulbés (Peurs rouges) et Gando (Peurs noirs) qui détiennent près de 95 pour cent du cheptel. 

Les éleveurs Foulbés accordent plus d'importance à la production animale tout en pratiquant une agriculture d'autoconsommation, tandis que les Gando ont diversifié leurs productions en accordant autant d'importance à l'élevage qu'à l'agriculture (igname, maïs, sorgho et coton).

Le schéma de transhumance est déterminé par les besoins hydriques, nutritionnels et sanitaires du bétail et par les besoins socio-culturels des éleveurs. 

Ceux-ci ont des campements permanents où quelques membres de la famille, les personnes âgées en général, et quelques vaches allaitantes restent toute l'année, tandis que les autres s'en vont et remontent à l'hivernage. 

Dans la zone d'étude, 53 pour cent des troupeaux transhumants vont au Nigéria, 25 pour cent dans une autre région du département et le reste des troupeaux se déplace vers le sud de la zone du projet, soit entre 25 et 150 km (Ministère du développement rural, 1989). 


Les animaux sont des taurins de race Borgou issus d'un croisement stabilisé de taurins à courtes cornes d'Afrique occidentale (en particulier, la Lagune et le Somba) et de zébus Fulani blancs (Felius, 1985). 

On trouve également ces bovins au Togo, au Burkina Faso et au Nigéria (sous le nom de Keteku).

La race Borgou est considérée comme trypanotolérante. Jusqu'à récemment, il n'existait pas à vrai dire d'étude confirmant la trypanotolérance (Ministère du développement rural, 1986), mais les récents travaux de Doko (1991) confirment cette qualité: le niveau moyen de trypanotolérance de la Borgou est identique à celui de la Lagunaire. D'autres études en cours dans le cadre du projet PNUD/FAO régional Trypano-tolérance devraient apporter bientôt des renseignements supplémentaires (Gnaho, communication personnelle). 


L'enquête a porté sur neuf troupeaux Borgou - cinq transhumants et quatre sédentaires - qui comptaient 560 têtes au début de l'étude. Ces troupeaux ont été choisis en raison de leur accessibilité et de la réceptivité de l'éleveur.

Dès la première visite, chaque animal a été bouclé. Le sexe, la couleur de la robe ainsi que son nom Foulbé ont été notés sur une fiche individuelle. L'âge a été déterminé suite à l'examen de la table dentaire et des réponses de l'éleveur.

Des visites régulières de l'équipe centrale du projet (tous les deux mois) permettaient de vérifier et d'enregistrer les différents renseignements recueillis par les agents d'élevage responsables de ces troupeaux. A chaque visite, les animaux malades étaient examinés, éventuellement traités pour aider à garder motivés certains éleveurs, tout en interférant au minimum avec les résultats du système d'élevage existant.

Ces informations ont permis de calculer les performances de reproduction et de production des deux systèmes d'élevage traditionnels (SEDES, 1977; Bonhivers et De Ketele, 1986). 


Conduite des troupeaux

Les veaux ne sont mis au pâturage qu'à l'âge de 3 à 4 mois; jusque-là, les jeunes animaux sont gardés en groupe auprès des campements pendant que le reste du troupeau pâture. Les veaux sont attachés la nuit pour les empêcher de téter leur mère lorsque le lait est destiné à la consommation humaine.
En général, les bovins sont gardés par de jeunes bouviers, sous la responsabilité d'un bouvier de métier. Lorsqu'ils ne se déplacent pas en transhumance, les activités d'élevage ont lieu le jour. Les animaux sont attachés la nuit au piquet par une corde. Le taureau peut rester libre et circuler parmi les femelles, voire même dans les troupeaux voisins qui n'auraient pas de reproducteurs.

En moyenne annuelle, les bovins sortent huit heures par jour; 20 pour cent de ce temps est perdu en déplacement, la pâture et le repos/abreuvement représentant 75 et 5 pour cent respectivement du temps global.

En saison sèche, les animaux se déplacent après la traite matinale vers 8-9 heures et reviennent vers 18-19 heures, soit à peu près 10 heures de pâturage. Ils vont s'abreuver entre 12 et 13 heures.
En saison des pluies, les travaux agricoles nécessitent tous les bras valides (95 pour cent des éleveurs de la zone pratiquent une agriculture d'autoconsommation) et, par conséquent, les animaux ne sont libérés qu'après les travaux champêtres. La durée de pâturage diminue fortement, les bovins sortent vers 10-11 heures et reviennent plus tôt, vers 16-17 heures.

Certains transhumants font pâturer leurs animaux la nuit; le troupeau revient alors au campement vers 3 heures. Dans les zones où les deux types de troupeaux se côtoient, les éleveurs transhumants amènent leurs animaux en pâture une à deux heures plus tôt que leurs homologues sédentaires. Dès lors, les animaux sédentaires se nourrissent pratiquement sans interruption, avec un temps de repos et de rumination trop court qui ne respecte pas le rythme physiologique.

Les effets d'une restriction du temps de pâture sur la productivité a déjà fait l'objet de plusieurs études (citées par Bayer, 1986). On constate des gains moindres et des pertes de poids plus importantes chez les animaux qui ne pâturent que sept heures par jour en saison sèche par rapport à ceux qui se nourrissent 11 heures. Ce temps de pâture contribue à affecter la productivité des troupeaux, les animaux pouvant difficilement satisfaire leurs besoins nutritionnels sur une aussi courte période. Les éleveurs invoquent plusieurs raisons pour justifier ces courts temps de pâture: le risque d'infestation parasitaire est plus élevé en début de matinée pendant l'hivernage; l'humidité a un effet négatif sur les fourrages ingérés; les animaux repus sont plus difficiles à manier; les besoins en main-d'œuvre de l'élevage et de l'agriculture sont concurrentiels; le pâturage de nuit expose les animaux aux fauves et aux voleurs.

Taille des troupeaux

L'effectif moyen d'un troupeau étudié est de 64± 12 têtes, relativement modeste par rapport aux grands troupeaux rencontrés dans les pays voisins (Jahnke, 1984; Ministère du développement rural, 1989; ANDE, 1990). Les moyennes établies pour les deux modes d'élevage sont significativement différentes (à 5 pour cent) (tableau 1). Les éleveurs sédentaires ont des troupeaux moins importants (56 animaux) que les éleveurs transhumants (70 animaux). Les ressources en eau et en pâturage en saison sèche limitent le nombre de bovins aux alentours des villages.

Selon une étude socio-économique (Ministère du développement rural, 1989) réalisée dans la zone du projet, la taille moyenne des troupeaux atteindrait 54 animaux (tous éleveurs confondus). La taille du troupeau varie également en fonction de l'importance du groupe familial de l'éleveur; selon Boni (1989), on compte de 45 animaux pour 1 à 10 personnes à 150 animaux pour un groupe familial de 30 personnes. Il y a donc dominance des petits et moyens troupeaux.

En calculant qu'un ménage moyen Foulbé compte environ six personnes pour un troupeau de 40 animaux, on s'aperçoit que le troupeau est insuffisant pour permettre à une famille de subsister uniquement grâce au lait (autoconsommation, troc ou vente). Awogbade (cité par CIPEA, 1984) a mis au point une formule de régression linéaire permettant de déterminer le nombre de bovins nécessaires à une famille pour subsister uniquement grâce au lait, soit y = 30,5 + 9,3 x, où y est la taille du troupeau attendue pour un ménage de x membres. Cela explique pourquoi plus de 97 pour cent des éleveurs Foulbés de la zone ont recours à une culture de céréales d'autoconsommation (sorgho et mil) comme activité secondaire.

Structure des troupeaux

Globalement, les troupeaux comptent un mâle pour trois femelles, soit 26,9 pour cent de mâles pour 73,1 pour cent de femelles (tableau 1). 

La proportion de mâles âgés de plus de 3 ans est peu importante (8,3 pour cent), alors qu'on observe une proportion importante de vieilles femelles (14,7 pour cent des femelles ont plus de 10 ans). 

(Cette remarque est d'autant plus vraie dans les troupeaux transhumants.) On constate une diminution du pourcentage attendu des femelles dans les classes d'âge 4-5, 5-6 et 6-7 ans. La proportion de reproductrices dans les troupeaux est de 40 pour cent, dont les deux tiers sont en lactation à n'importe quel moment de l'année.

Le nombre de vaches reproductrices (de plus de trois ans) par taureau est de 28 dans les troupeaux sédentaires et de 45 dans les troupeaux transhumants. Ces proportions ont des effets négatifs sur les performances de reproduction, d'autant plus que les taureaux sont très jeunes.

Les éleveurs vendent leurs taurillons très tôt, pour satisfaire la demande des agriculteurs en animaux de trait pour la culture du coton; cédés jeunes, ces animaux commencent à travailler vers 4 ans. Comme les agriculteurs préfèrent les animaux entiers et que la race Borgou est très placide, la pratique de la castration est peu répandue.

La diminution du pourcentage attendu de femelles dans les classes d'âge susmentionnées est à mettre en relation avec des périodes d'épizootie de peste bovine et de grandes sécheresses en 1983 et 1984, années où les mortalités et les ventes ont été importantes.

Par attachement, les éleveurs conservent dans leur troupeau un nombre relativement important de vieilles vaches, rescapées des nombreuses épizooties.

Enfin, cette structure démographique, où la proportion des reproductrices tourne autour de 40 pour cent, confirme la spécialisation des troupeaux dans la production laitière. Le lait, en effet, représente un constituant essentiel de la ration alimentaire des éleveurs (mélangé à du mil ou à du sorgho) et leur assure un revenu régulier.

Origine des animaux

Le nombre d'animaux nés dans l'exploitation est très important (91,2 pour cent) (tableau 2). A ce sujet, aucune différence n'a été relevée entre les deux modes d'élevage.

Le confiage (4 pour cent), l'achat (2,7 pour cent), le don (0,7 pour cent) et l'échange (1,4 pour cent) permettent d'augmenter l'effectif du troupeau. L'échange, qui porte de préférence sur les mâles, permet aux éleveurs d'améliorer empiriquement leur troupeau par un apport de nouveau sang. 

Dans la zone, on constate une nette tendance à vouloir introduire un géniteur de race zébu dans les troupeaux Borgou afin d'augmenter le gabarit et le potentiel laitier des animaux au détriment de la trypanotolérance, de la résistance aux tiques (et aux maladies) et de la rusticité alimentaire. 

Dans un échantillon de 166 troupeaux, près de Nikki, 59 troupeaux (35,6 pour cent) avaient un reproducteur de sang Borgou, contre 40 troupeaux (24 pour cent) et 67 troupeaux (40,4 pour cent) ayant respectivement un reproducteur métis (Borgou x zébu) et zébu (majoritairement Fulani blanc) (Dehoux, 1992a). 

Par tradition, les éleveurs transhumants préfèrent avoir un zébu dans leur troupeau, puisque 45,7 pour cent des troupeaux transhumants en possédaient un, contre 30,5 pour cent des troupeaux sédentaires. 

Selon l'usage, un taurillon MBororo rouge de 2 ans s'échange contre trois taurillons Borgou du même âge. Ils allient aux qualités citées la qualité d'excellent marcheur du zébu.

1 Structure démographique des troupeaux bovins Borgou suivant le mode d'élevage, 1988 - Demographic structure of Borgou cattle herds according to existing production systems, 1988 - Estructuras demográficas de los bovinos Borgou según los sistemas de explotación, 1988

Age
(années)
Mode d'élevage
Sédentaire
n = 217
Transhumant
n = 341
Ensemble
n = 558
Mâles
Femelles
Mâles
Femelles
Mâles
Femelles
(pourcentage)
0-1
18,9
15,2
15,6
17,9
16,7
16,4
1-2
6,9
11,0
3,5
8,9
5,3
9,8
2-3
3,2
7,4
1,7
8,9
2,7
8,2
3-4
1,4
6,9
0,6
6,1
1,2
6,8
4-5
0,4
2,7
0,6
3,2
0,7
2,9
5-6
-
3,7
0,3
3,5
0,3
3,8
6-7
-
1,4
-
1,7
-
1,9
7-8
-
6,4
-
5,5
-
5,9
8-9
-
1,8
-
3,8
-
3,2
9-10
-
5,0
-
5,5
-
3,4
10-11
-
1,8
-
3,8
-
3,4
> 11
-
5,9
-
8,9
-
7,4
Nombre moyen d'animaux par troupeau
561
701
64
1 Moyenne significativement différente (p < 0,05).
2 Origine des animaux suivant le mode d'élevage - Origin of animals according to husbandry systems - Procedencia de los animales según el sistema de explotación
Origine

Mode d'élevage
Sédentaire n = 235
Transhumant n = 366
Ensemble n = 601
(pourcentage)
Exploitation
91,6
90,1
91,2
Confiage
3,7
4,8
4,0
Achat
2,5
3,1
2,7
Don
0,6
0,5
0,7
Echange
1,6
1,5
1,4

3 Paramètres de reproduction et de production suivant le mode d'élevage - Reproduction and production parameters as related to exploitation systems - Parámetros de reproducción y de producción según el sistema de explotación

Paramètres
Mode d'élevage
Sédentaire
Transhumant
Ensemble
Reproduction



Taux de fécondité (%)
64,4
66,9
65,4
Age à la première mise bas (mois + jours)
42+20
45+17
43+16
Intervalle entre mises bas (mois +jours)
15+8
17+18
16+3
Production



Taux de mortalité (%)




global
5,71
9,01
7,5

0-1 an
18,71
26,61
23,1

1-4 ans
1,21
4,11
2,8

> 4 ans
3,2
3,2
3,1
Taux d'exploitation (%)
13,81
10,21
11,8
Taux de croît (%)
3,2
4,0
3,9
1 Moyenne significativement différente (p < 0,05).
1 Répartition des naissances selon le mois - Diagram of birth distribution per month - Distribución mensual de los nacimientos
http://www.fao.org/ag/aGa/agap/frg/feedback/war/u9550b/u9550b0f.gif

Taux de fécondité

Pour l'ensemble des troupeaux étudiés, le taux moyen de fécondité est de 65,4 ± 13,1 pour cent (tableau 3). Aucune différence significative n'est observée entre troupeaux transhumants et sédentaires (à 5 pour cent).

La figure 1 révèle une périodicité dans les naissances. La courbe bimodale présente un premier pic entre mars et mai (40 pour cent des naissances de l'année), correspondant à un retour en chaleur des femelles à la reprise des pluies en mai-juin Un second pic, moins important (25 pour cent des naissances), se situe entre août et novembre et est en relation avec un retour en cycle d'une partie des femelles en décembre-janvier lorsque les animaux ont accès aux résidus de culture et aux repousses consécutives aux feux tardifs.

Age à la première mise bas

L'âge à la première mise bas (n = 62) a été estimé à 1260 ± 180 jours, ce qui correspond à un peu plus de 3,5 ans. La différence observée entre les femelles transhumantes et sédentaires n'est pas significative (à 5 pour cent) (tableau 3).

Compte tenu de ces résultats, l'âge à la première saillie fécondante se situe autour de 3 ans.

Intervalle entre mises bas

En considérant les intervalles (n = 162) entre mises bas dans les deux systèmes, on obtient un intervalle moyen de 458 ± 102 jours, soit 15 mois. Aucune différence significative n'existe entre les animaux transhumants et sédentaires (à 5 pour cent) (tableau 3 et figure 2).

Taux d'avortement

On observe un taux moyen annuel de 4 ± 10,6 pour cent dans les troupeaux. Aucune différence significative n'existe entre les deux modes d'élevage (à 5 pour cent).

Analyse des résultats

Les paramètres de reproduction obtenus lors de l'étude correspondent aux observations faites dans d'autres régions d'Afrique.

L'âge moyen des vaches au premier vêlage sous les tropiques est de 3 à 4 ans. Le taux de fécondité en milieu traditionnel varie de 40 à 65 pour cent.

Les résultats n'ont pas montré de différence significative entre les deux modes d'élevage, alors que, selon Wilson (1988), les performances des troupeaux sédentaires sont normalement inférieures à celles des troupeaux transhumants, qui, par leur déplacement, bénéficient de conditions nutritionnelles relativement plus favorables.

La sous-alimentation «absolue» (syndrome collectif des vaches maigres) retarde la maturité sexuelle et inhibe l'activité ovarienne. La sous-alimentation «relative», liée à la carence en minéraux, oligo-éléments et vitamines, existe et compromet autant les chances de bonne fécondité. Selon Payne (cité par FAO, 1985), les rations composées essentiellement de graminées manquent, outre de protéines et d'éléments énergétiques, de phosphore et de sodium (entraînant une carence en sélénium). L'iode, le manganèse et le zinc influencent la fertilité du bétail, tout comme l'avitaminose A, qui entraîne, après une longue saison sèche, des dysfonctionnements sexuels.

Le caractère saisonnier des vêlages souligne l'importance de la nutrition, qui demeure le frein le plus important à une meilleure fécondité en milieu traditionnel. Le premier pic de naissances coïncide avec la période de forte production de parcours, ce qui entraîne une meilleure lactation. Les veaux arrivent ainsi à leur première saison sèche avec un poids et un âge suffisants, leur assurant de meilleures chances de survie.

Le choix des reproducteurs, trop jeunes et peu nombreux, et une trop grande proportion de vieilles femelles improductives révèlent des lacunes dans la gestion du troupeau. Vu la faible proportion de mâles, un taureau subfertile ou stérile a un effet désastreux sur la fertilité du troupeau. Un jeune taureau laissé en liberté ne devrait pas saillir plus de 30 vaches (FAO, 1985); or, environ 45 pour cent des troupeaux n'ont qu'un taurillon comme géniteur.

La lactation a également une influence négative sur la reproduction, en particulier sur le rétablissement de l'activité ovarienne. Tant que la lactation n'est pas terminée, la fécondation ne se produit pas (Denis, 1971).

Les maladies infectieuses, la trypanosomose et la brucellose en particulier, sont autant de causes limitant les paramètres de reproduction. Le taux d'avortement, toujours difficile à évaluer, est très important dans certains troupeaux brucelliques; les taux de fécondité dans ces troupeaux avoisinent les 35 pour cent. Alors que le taux d'avortement est généralement estimé à 3 pour cent, Lazlic (cité par Murray et al., 1983) observe sur du bétail Borgou en station un taux de 4,6 pour cent.


Taux de mortalité

Un taux moyen de 7,5 ± 3,5 pour cent a été enregistré dans les troupeaux étudiés. Les troupeaux transhumants paient un tribut significativement plus lourd aux différentes causes de mortalité - surtout les jeunes animaux - que les troupeaux sédentaires (9 pour cent, contre 5,7 pour cent) (à 5 pour cent) (tableau 3).

On note un taux de mortalité de 23,1 ± 10,3 pour cent chez les animaux de 0-1 an, particulièrement touchés durant les premières semaines de vie (55 pour cent des décès) et lors du sevrage, vers six mois (30 pour cent des décès). Dans cette classe d'âge, on constate que les mois d'octobre à février sont les plus défavorables: 70 pour cent des mortalités de cette classe sont enregistrées en saison sèche.

Le taux de mortalité des adultes (3,1 ± 1,2 pour cent) est relativement satisfaisant et indique une bonne adaptation de ces animaux à leur milieu.

Causes de mortalité

Le veau, comme nous venons de le dire, est particulièrement touché par les différentes causes de mortalité. Le prélèvement d'une partie du lait pour la consommation humaine a d'importantes conséquences négatives sur la survie du veau. 

Les animaux sont amaigris, affaiblis et meurent d'épuisement: 34,7 pour cent des mortalités sont dues à ce fait. Les parasitoses gastro-intestinales compliquent, avec la trypanosomose, cet état de sous-nutrition.

Causes bactériennes. La brucellose bovine Brucella abortus est une dominante pathologique majeure au Bénin. La prévalence sérologique est relativement élevée: 10,7 pour cent des animaux se sont révélés positifs dans une enquête réalisée dans la zone du projet avec le test du rose bengal (n = 862). Au test à l'anneau, 34,2 pour cent des troupeaux testés (n = 184) ont réagi (Dehoux, 1992b). Les troupeaux transhumants sont plus contaminés que les troupeaux sédentaires.

La streptothricose (Dermatophilus congolensis) est une pathologie fréquente. Des foyers existent en saison des pluies, provoquant des mortalités chez les jeunes animaux.

Le taux d'infection tuberculeux est de l'ordre de 0,4 pour cent (n = 1650 animaux). Ce taux est confirmé par les inspections sanitaires de l'abattoir de Nikki.

Les charbons symptomatique et bactéridien sont diagnostiqués tous les ans dans certaines régions du Borgou, où l'on préconise la vaccination (Saka, Atachade et Bio Gounou, 1991).

La septicémie hémorragique (pasteurellose) sévit tous les ans sous la forme d'épizootie qui débute avec le retour des pluies. Une vaccination annuelle a lieu avant le retour des pluies.

Des foyers de péripneumonie existent toujours dans le département. Chaque année, plusieurs dizaines d'animaux sont abattus. Une vaccination annuelle, associée à celle contre la peste bovine, est réalisée vers la fin de novembre.

Causes virales. Régulièrement, le Bénin est confronté à une épizootie de fièvre aphteuse (Dehoux et Hounsou-Ve, 1991). Les types viraux A, O et SAT 2 ont été identifiés lors de la grande épizootie de 1990/91. Aucune vaccination n'est pratiquée.

La peste bovine ne sévit plus au Bénin depuis plusieurs années (420 décès en 1984), mais les risques de voir resurgir cette pathologie demeurent sérieux, car la campagne de vaccination de 1990/91 n'a permis la couverture vaccinale que de 50 pour cent du cheptel (Lecomte, 1991). 

Une épizootie de fièvre aphteuse, l'administration d'un vaccin antipéripneumonie plus virulent et l'arrivée tardive - chronique - des vaccins ont amené les éleveurs à fuir ces séances de vaccination; bon nombre de transhumants étaient déjà partis lors de l'arrivée du vaccin. En 1991, le taux de couverture a atteint 65 pour cent.

Causes parasitaires. Les parasitoses gastro-intestinales occasionnent des pertes importantes en raison soit des mortalités, soit des troubles de croissance (Pullan, 1980). Le parasitisme aggrave la sous-alimentation lactée chez le veau.
Des enquêtes parasitologiques (Ladikpo, 1984) font ressortir que l'infection par trichostrongylidés (Haemoncus, Ostertagia) domine le polyparasitisme dont souffrent les veaux. Le taux d'infection par ces vers est de 83,6 pour cent. Le nombre moyen d'œufs par g de matière fécale va de 100 à 7000. Strongyloides papillosus et Toxocara vitulorum ont des prévalences de 29,9 et 1,7 pour cent respectivement. On trouve des coccidies dans 22 pour cent des prélèvements.
Une enquête menée dans la zone du projet (Codjia, 1989) montre la présence des genres de tiques Amblyoma (87,7 pour cent), Hyalomma (7,4 pour cent) et Boophylus (4,9 pour cent). Une enquête sérologique a révélé la présence de Babesia bovis, Theileria mutans et Anaplasma marginale (Codjia, 1989).

Trypanosomose et trypanotolérance

La zone de l'étude est faiblement infestée par Glossina tachinoides, G. palpalis gambiensis et G. morsitans submorsitans. On note cependant une nette dominante territoriale de G. tachinoides. Le nord de la région est uniquement infesté par G. palpalis gambiensis.

Selon nos observations et celles de Codjia (1989), on observe une faible densité glossinienne apparente: 1,2 glossine capturée par piège et par jour. Dans certaines zones ripicoles des rivières pérennes, cette densité peut atteindre 19 glossines (selon Taze, Cuisance et Politzar, 1977, plus de 15 glossines par jour et par piège équivaut à une très forte densité, de 10 à 15 glossines à une forte densité, de 3 à 10 glossines à une densité moyenne et moins de 3 glossines à une faible densité).
Une prévalence trypanosomienne de 23,4 pour cent a été observée dans les troupeaux (après examen d'une goutte de sang microcentrifugée). Codjia (1989) et Doko (1991) obtiennent des taux de 25,7 et 31,4 pour cent respectivement. Malgré ce taux important, un pourcentage élevé d'animaux adultes porteurs ne présentent pas de symptômes (5,9 pour cent des vaches). 

Par contre, les veaux et les taureaux révèlent plus fréquemment la maladie (18,9 pour cent des veaux porteurs et 35,8 pour cent des taureaux trypanosés). 

Les veaux affaiblis, comme nous l'avons dit à plusieurs reprises, par la sous-nutrition lactée et le polyparasitisme sont plus sensibles à une infection trypanosomienne; les taureaux, fatigués par un service accru, sont moins résistants (Dehoux, 1992b).

En travaillant sur un échantillon de 69 Borgou, Doko (1991) a réalisé la détection des anticorps trypanosomiens à l'aide du test d'immunofluorescence indirecte (88,4 pour cent de positifs); de Testryp-Catt (75,4 pour cent de positifs) et de la trypanolyse (2,9 pour cent de positifs). 

Les résultats du test d'immunofluorescence révèlent que 86,8 pour cent des animaux présentent des anticorps mixtes contre les deux ou trois variétés de trypanosomes. Les animaux porteurs contre Trypanosoma vivax seul atteignent 10,4 pour cent, contre T. congolense, 2,8 pour cent et contre T. brucei, 0 pour cent.

4 Poids des Borgou suivant l'âge - Weights of Borgou cattle recorded at various ages - Pesos de los animales de raza Borgou según la edad
Auteurs
Veaux
Taurillons et génisses
1 et 2 ans
Génisses
3 ans
Vaches
4 ans et +
Taureaux
3 ans et +
Naissance
6-12 mois
(kg)
Symoens et Hounsou-Ve, 1991
18,4
70,6
126,9
216,5
239,4
275,0
Diallou (cité par Symoens et Hounsou-Ve, 1991)
-
100
128,9
156,5
180,8
-
Bani-Guezere (cité par Symoens et Hounsou-Ve, 1991)
16,2
83,4
170,8
196,1
217,4
-
5 Poids et mensurations des Borgou adultes - Weights and dimensions of adult Borgou cattle - Peso vivo y medidas corporales de bovinos Borgou adultos
Sexe
Poids
(kg)
Hauteur au garrot
(cm)
Périmètre thoracique
(cm)
Femelle
295
113
153
Mâle
330
115
166
Source: FAO, 1980
2 Histogramme des intervalles entre vêlages - Histogram of calving Intervals - Histograma de los intervalos entre partos
http://www.fao.org/ag/aGa/agap/frg/feedback/war/u9550b/u9550b0g.gif

Un indice Berenil de 0,5 à 0,8, reflétant le risque d'infection, a été calculé dans la zone de Nikki (Dehoux, 1992a).

Selon Lazic (cité par Murray et al., 1983), le taux annuel de mortalité provoquée par la trypanosomose parmi les vaches est de 12,2 pour cent pour la race Borgou et de 5,4 pour cent pour la race Lagunaire, pourtant plus exposée. 

Par ailleurs, la croissance des animaux Borgou est sérieusement affectée, alors qu'il n'en est rien pour la race des lagunes. Il en conclut que la race Borgou est nettement plus sensible à la trypanosomose que la race des lagunes et parle de semi-trypanotolérance pour la première. Codjia (1981) abonde également dans ce sens.

Les récents travaux de Doko (1991) nous apportent de précieuses indications quant au degré de trypanotolérance de la race. Il conclut, après inoculation expérimentale de T. brucei brucei et en suivant différents paramètres (signes cliniques, hématocrite, parasitémie, taux d'anticorps trypanolytiques et agglutinants, taux du complément), que la race Borgou présente des caractéristiques semblables à la race Lagunaire et à la race N'Dama - des Borgou se sont même révélés trypanorésistants -, mais que le degré de variation de la trypanotolérance est plus important. Cette constatation promet des résultats rapides en cas de sélection.

Les indices de productivité calculés pour les troupeaux sont comparables à ceux obtenus chez d'autres races trypanotolérantes dans des conditions analogues et soumises à une pression glossinaire faible à moyenne.


Taux d'exploitation

Le taux d'exploitation (vente, don, confiage, abattage, perte) est de 11,8 ± 6,5 pour cent pour l'ensemble des troupeaux. Comme l'indique le tableau 3, il est significativement plus élevé pour les sédentaires que pour les transhumants (13,8 pour cent, contre 10,2 pour cent) (à 5 pour cent). 

Cette différence s'explique surtout par le taux de mortalité plus élevé des taurillons et des génisses dans les troupeaux transhumants, qui, dès lors, ont moins d'animaux à vendre.

92 pour cent des animaux exploités sont vendus ou abattus, contre 5 pour cent d'animaux offerts. Les pertes, abattages et retraits de confiage concernent 3 pour cent des animaux. Les taurillons (55 pour cent des animaux) et les vaches (30 pour cent des animaux) constituent les catégories les plus exploitées.

Les mâles sont vendus très tôt aux agriculteurs pour la culture attelée. Les vaches réformées constituent la majorité des femelles de plus de 4 ans vendues. 

L'exploitation des femelles augmente vers 4 ans, ce qui est lié, d'une part, aux retraits de confiage et aux accidents de vêlage et, d'autre part, après 7 ans, à la réforme des animaux malades, stériles ou accidentés. 

Les taureaux, les génisses et les veaux représentent respectivement 8,4 et 3 pour cent des animaux exploités. Loin d'être sous-exploités, les troupeaux sont plutôt surexploités, du moins en ce qui concerne les mâles. L'éleveur rechigne à se débarrasser de ses génisses, son futur capital laitier.

Au niveau du département, le taux d'exploitation approchait les 12 pour cent (66000 animaux vendus sur 555000 bovins) en 1981.

Prix de vente

Les prix de vente varient selon l'état, l'âge, le sexe de l'animal et suivant la saison. En saison des pluies, les prix sont de 15 pour cent plus élevés qu'en saison sèche; à ce moment-là, les animaux sont en embonpoint, et les éleveurs se défont peu de leurs animaux.

Les vaches et les génisses se vendent entre 30000 et 40000 francs CFA; les taureaux de plus de 5 ans atteignent 45000 à 55000 FCFA, et les taurillons environ 20000 FCFA. Les animaux abattus en urgence sont vendus à des prix dérisoires de 2000 à 6000 FCFA.

Le prix du kg de viande chez le boucher, avec ou sans os, va de 400 à 700 FCFA. L'animal est vendu sur pied, le prix est estimé en fonction de critères morphologiques, et les animaux ne sont jamais pesés.

Taux de croît

Le taux de croît observé pour l'ensemble des troupeaux est de 3,9 ± 8,3 pour cent, sans différence significative entre les deux modes d'élevage (à 5 pour cent) (tableau 3). De 1960 à 1986, un taux de 5 pour cent a été observé dans le département du Borgou (Breuckers et De Hon, 1988).

Production laitière

La production laitière quotidienne d'une vache Borgou, en milieu traditionnel, est estimée à 2,5 litres. Calculée sur une période de lactation de 250 jours, la production est de 530 kg. Environ 60 pour cent de cette production est destinée au veau.

Aucune technique de sevrage n'est appliquée systématiquement par les éleveurs, le sevrage étant progressif. Afin d'assurer l'approvisionnement quotidien en lait de leur famille, les éleveurs préfèrent une production soutenue toute l'année plutôt qu'une production élevée une partie de l'année.

Bien que supérieure aux autres races trypanotolérantes, la production laitière de la Borgou reste médiocre. Dans des essais de complémentation de vaches allaitantes en graines de coton (Ogodja, Hounsou-Ve et Dehoux, à paraître), on a obtenu, avec 1 kg de graines par jour et par vache, une production laitière supérieure de 27 pour cent. Les coefficients de variation étaient très élevés (de l'ordre de 20 pour cent), ce qui laisse augurer des résultats rapides en cas de sélection.

Evolution pondérale

Le poids d'une femelle adulte Borgou sur pâturage naturel est d'environ 250 kg. Un taureau peut peser plus de 280 kg (tableaux 4 et 5).

Des mesures barymétriques réalisées sur 115 animaux ont permis de calculer une équation de régression du poids y (kg) sur le périmètre thoracique x (cm): ln y = - 8,081 + 2,712 ln x, avec un coefficient de détermination r de 98 pour cent.

Croissance des veaux

La croissance des veaux et des jeunes bovins est un phénomène important puisqu'elle détermine leur productivité future. De 0 à 8 mois, le gain quotidien moyen est de 250 g. La croissance est influencée par de nombreux facteurs (Ogodja, Hounsou-Ve et Dehoux, à paraître), mais les fluctuations saisonnières sont les plus marquées: les gains les plus faibles sont enregistrés de janvier à mars (saison sèche), avec 190 g par jour, alors qu'on observe des gains de 360 g par jour de juin à août.

Des essais de complémentation de vaches allaitantes en graines de coton (1 kg par jour et par vache) ont montré que les gains quotidiens sont supérieurs de 24 pour cent chez les veaux dont les mères reçoivent une telle complémentation. 

Ces veaux atteignent un poids au sevrage plus important, ils expriment mieux leur potentiel de croissance et connaissent une crise de sevrage moins sévère. Ces essais prouvent, une fois de plus, que la traite est un facteur limitant de la croissance des veaux.

Indice de productivité

Les différents paramètres de reproduction et de production permettent de calculer un indice de productivité définissant un poids total de veaux d'un an, plus l'équivalent en poids vif de lait trait produit par 100 kg de vache élevée par an. Cette méthode permet de comparer la productivité de différentes races bovines dans divers systèmes d'élevage (FAO, 1980).

L'indice moyen de productivité d'une vache Borgou est de 27,4 kg. Il n'y a aucune différence entre les deux systèmes d'élevage (à 5 pour cent): l'indice est de 28,3 kg pour les animaux sédentaires et de 26,6 kg pour les bovins transhumants (tableau 6).

Cet indice correspond à ceux calculés pour les autres races trypanotolérantes élevées en milieu traditionnel (FAO, 1980) (tableau 7). 

Par contre, il est nettement supérieur à l'indice de 13,3 kg obtenu par Lazic (FAO, 1980; cité par Murray et al., 1983). (Les animaux élevés en station n'étaient pas traits mais connaissaient de sérieux problèmes de fécondité.) Lopez (communication personnelle), en se basant sur des données recueillies en 1979 et 1981, a calculé un indice moyen de 21,7 kg pour des animaux élevés dans des fermes d'Etat.


Par ses qualités d'adaptation à son milieu naturel, la race bovine Borgou est un animal d'élevage extensif supérieur au zébu dans la zone de l'étude. Il est regrettable de constater que de nombreux éleveurs métissent leur cheptel en introduisant un géniteur de sang zébu dans leur troupeau, à tel point que l'on peut s'interroger sur le devenir à long terme de la race Borgou. La constitution d'un réservoir d'animaux purs devrait permettre de préserver ce type de bovins et d'approvisionner la région et le pays en géniteurs.

6 Indice de productivité d'une vache Borgou en milieu traditionnel (pression glossinaire faible) - Productivity index of Borgou cattle in their traditional environment (low tsetse challenge) - Indice de productividad de una vaca Borgou en ambiente tradicional (bajo nivel de Glossina)
Paramètres
Sédentaires
Transhumants
Ensemble
Viabilité des femelles adultes (%)
96,8
96,9
96,9
Taux de vêlage (%)
64,4
66,2
65,4
Viabilité des veaux jusqu'à 1 an (%)
81,3
73,4
76,9
Veaux atteignant 1 an (%)
52,3
48,6
50,2
Poids des veaux de 1 an (kg)
89,5
89,5
89,5
Lait trait par an (kg)
200
200
200
Vaches achevant une lactation (%)
90,6
86,7
88,4
Equivalent en poids vif de lait trait (kg)
20,1
19,2
19,6
Poids total des veaux de 1 an produit par vache (kg)
46,8
43,5
44,9
Indice de productivité par vache et par an (kg)
67,9
63,7
65,5
Poids des femelles adultes (kg)
239,5
239,5
239,5
Indice de productivité (kg)
28,3
26,6
27,4
7 Indice de productivité de différentes races bovines trypanotolérantes - Productivity index of different breeds of trypanotolerant cattle - Indice de productividad de las diferentes razas bovinas tripanotolerantes
Paramètres
Races bovines
Muturu1
N'Dama2
Lagune3
Baoulé4
Borgoul5
Viabilité des femelles adultes (%)
95
95
97
97
97
Taux de vêlage (%)
57
66
58
48
65,7
Viabilité des veaux jusqu'à 1 an (%)
85
65
76
80
75,2
Poids des veaux de 1 an (kg)
80
90
85
70
89,5
Indice de productivité par vache et par an (kg)
39,8
50,6
38,4
32,6
59,7
Poids des femelles adultes (kg)
150
225
152
180
239,5
Indice de productivité par 100 kg de vache élevée par an (kg)
26,5
22,5
25,3
18,1
24,9
Source: FAO, 1980; Dehoux et Hounsou-Ve, 1991.
1 Risque de trypanosomiase faible milieu villageois (Nigéria).
2 Risque de trypanosomiase faible milieu villageois (Guinée).
3 Risque de trypanosomiase moyen, station (Bénin).
4 Risque de trypanosomiase moyen, milieu villageois (Côte d'Ivoire).
5 Risque de trypanosomiase faible, milieu villageois (Bénin).

Les performances de la race Borgou dans son milieu permettent d'obtenir une productivité semblable à celle des autres races trypanotolérantes. De récents travaux (Doko, 1991) ont permis de mieux apprécier son niveau de trypanotolérance. L'analyse des systèmes d'élevage montre que le patrimoine génétique de la Borgou est mal exploité; on est très loin, en effet, des performances enregistrées en milieu amélioré (par exemple le monastère de l'Etoile, Parakou, Bénin). 

II est dommage que cette race soit si peu connue alors que l'élevage et la multiplication du bétail trypanotolérant est en plein essor pour lutter contre la trypanosomiase animale africaine.

D'après notre étude, la différence la plus significative entre les deux systèmes d'élevage réside dans un taux de mortalité plus élevé dans les troupeaux transhumants, avec, pour corollaire, un taux d'exploitation plus faible de ces troupeaux.

Les résultats mettent en évidence les principaux obstacles à l'amélioration de ce bétail. Le stress nutritionnel demeure le facteur limitant essentiel, car il provoque d'importantes variations de poids et affecte le pouvoir fécondant des animaux. L'amélioration de la production fourragère ou une meilleure utilisation des ressources disponibles pourrait contribuer à résoudre les problèmes d'alimentation et à améliorer les paramètres.

Les différences de productivité enregistrées entre les troupeaux démontrent que les aptitudes des éleveurs jouent un rôle déterminant et tendent à prouver qu'une meilleure extériorisation des capacités productives est possible par le biais d'une meilleure conduite du troupeau.

La commercialisation du bétail existe, mais ses circuits sont organisés de manière anarchique; une promotion du marché de la viande à travers différentes actions (organisation, infrastructures, etc.) est indispensable: en connaissant le coût de production et en établissant des prix rémunérateurs, on peut mieux valoriser les opérations de commercialisation.

La variabilité génétique ne peut être exploitée tant que l'on n'est pas en mesure de fournir aux animaux, durant toute l'année, au moins 1,5 fois l'énergie alimentaire nécessaire à l'entretien (McDowell, cité par Landais, 1983). 

Cela revient à dire qu'il est illusoire d'attendre des résultats par la sélection dans la plupart des systèmes extensifs herbagers d'Afrique tropicale. Il serait simpliste d'espérer mettre en place un programme d'amélioration génétique en milieu traditionnel avant que les conditions d'élevage n'aient été améliorées, et ce en évitant l'introduction de sang exogène (N'Dama ou autre).

La culture attelée introduite dans les années 70 a permis aux agriculteurs d'augmenter leurs revenus et d'acquérir un cheptel bovin qu'ils ne confient parfois même plus aux éleveurs traditionnels. 

Les éleveurs, pour éviter une exploitation trop importante de leurs troupeaux, ont défriché des terres pour y planter des céréales pour leur autoconsommation. 

Certains éleveurs Foulbés ont commencé à recourir à la traction attelée pour augmenter leurs emblavures de coton. 

Leurs femmes commencent à transformer le lait en fromage, opération interdite jusqu'il y a peu de temps. 

La sédentarisation va se généralisant, les éleveurs préférant envoyer leurs enfants en transhumance avec une moins grande partie du troupeau. Le monde rural est en évolution, et il faut se méfier des trop nombreux clichés qui ne sont plus de mise.

Qu'il s'agisse d'un système de production ou d'un mode de vie, la transhumance est une voie sans issue, trop peu productif et trop consommateur d'espace dans un environnement qui se rétrécit. Ce système d'élevage doit évoluer en s'intégrant à l'agriculture, à moins de disparaître.


ANDE (Agence nationale de développement de l'élevage). 1990. Les éleveurs MBororo, étude socio-économique. Bangui, République centrafricaine.
Bayer, W. 1986. Pratiques agropastorales et modes de pâture des bovins dans la zone subhumide du Nigéria. Bulletin du CIPEA, 24: 8-13.
Bonhivers, B. et De Ketele, J.M. 1986. Pratique de la statistique. Université De Boek, Bruxelles.
Boni, S.A.R.D. 1989. Etude de la structure et de la taille des troupeaux bovins en fonction de la taille des ménages et des systèmes de production Gando et peulh. Direction de l'enseignement; Sékou, Allada, Bénin. (Thèse.)
CIPEA. 1984. La production animale dans la zone subhumide de l'Afrique de l'Ouest: une étude régionale. Etude des systèmes. Tome 2. Addis-Abeba.
Codjia, V. 1981. Trypanotolérance et immunité. Recherches sur les taurins de la République populaire du Bénin. Ecole inter-Etats des sciences et médecine vétérinaires, Université de Dakar. (Thèse.)
Codjia, V. 1989. Prospection entomologique et étude de l'incidence de la trypanosomose animale africaine et autres hémoparasitoses du bétail dans les districts de Nikki, Kalale et Segbana. Direction de l'élevage et des industries animales, Ministère du développement rural, Bénin.
Dehoux, J.-P. 1992a. Contributions à l'étude de la trypanosomose bovine africaine au nord-est du Bénin. Rapport d'étude n° 3. Projet Développement de l'élevage dans le Borgou-Est, Ministère du développement rural, Bénin.
Dehoux, J.-P. 1992b. Contributions à l'étude de la fièvre aphteuse et de la brucellose bovine au nord-est du Bénin Rapport d'étude n° 5. Projet Développement de l'élevage dans le Borgou-Est, Ministère du développement rural, Bénin.
Dehoux, J.-P. et Hounsou-Ve, G. 1991. Epizootie de fièvre aphteuse au nord-est du Bénin durant la saison sèche 1990/1991 Rev. Elev. Méd. vét. Pays trop., 44(3): 261-262
Dehoux, J.-P. et Hounsou-Ve, G. 1992. Productivité de la race bovine Borgou en milieu traditionnel au nord-est du Bénin. Rapport d'étude n° 1. Projet Développement de l'élevage dans le Borgou-Est, Ministère du développement rural, Bénin.
Denis, J.-P. 1971. L'intervalle entre les vêlages chez le zébu Gobra (Peulh sénégalais). Rev. Elev. Méd. vét. Pays trop., 24(4): 635-647.
Doko, S.A. 1991. Etude sur la trypanosomiase et la trypanotolérance bovines au Bénin. Institut de médecine tropicale, Anvers. (Thèse.)
FAO. 1980. Le bétail trypanotolérant en Afrique occidentale et centrale. Vol. 1: Etude générale. Vol. 2: Etude par pays. Etudes FAO: Production et santé animales, n° 20/1-2. Rome.
FAO. 1985. Fertilité des bovins. Manuel à l'intention des pays en développement. Etudes FAO: Production et santé animales, n° 25. Rome.
FAO. 1988. Le bétail trypanotolérant en Afrique occidentale et centrale. Vol. 3: Bilan d'une décennie Etudes FAO: Production et santé animales, n° 20/3 Rome.
Felius, M. 1985. Genus Bos: cattle breeds of the world. AGVET, New York.
Janhke, H.E. 1984. Systèmes de production animale et développement de l'élevage en Afrique tropicale. CIPEA, Addis-Abeba.
Ladikpo, E. 1984. Nématodoses digestives des veaux en République populaire du Bénin. Ecole inter-Etats de sciences et médecine vétérinaires, Université de Dakar. (Thèse.)
Landais, E. 1983. Analyse des systèmes d'élevage bovin sédentaire du nord de la Côte d'ivoire. IEMVT, Maisons-Alfort, France.
Lecomte, M. 1991. Rapport de synthèse. Assistance technique CONSULINT du projet Développement de l'élevage bovin dans le Borgou (FED), Ministère du développement rural, Bénin.
Ministère du développement rural. 1986. Compte rendu des journées techniques de réflexion sur l'élevage trypanotolérant en République populaire du Bénin. Bohicon, 11-15 février, Bénin.
Ministère du développement rural. 1989. Etude agro-socio-économique pour le projet de développement pastoral intégré dans le Borgou (PNUD/FAO/BEN/84/011), Rapport de la première phase. Bénin.
Murray, M., Trail, J.C.M., Turner, D.A. et Wissocq, Y. 1983. Productivité animale et trypanotolérance; manuel de formation pour les activités de réseau. ILRAD/CIPEA/ICIPE, Addis-Abeba.
Ogodja, J.O., Hounsou-Ve, G. et Dehoux, J.-P. Effet de la complémentation en graines de coton sur la production laitière et la croissance des veaux de vaches allaitantes de race Borgou au Bénin. Bull. Anim. Health Prod. Afr. (A paraître.)
Pullan, N.B. 1979 et 1980. Productivity of white Fulani cattle on the Jos plateau, Nigeria. I. Herd structures and reproductive performance. Trop. Anim. Health Prod., 11: 231-238. II. Nutritional factors. Trop. Anim. Health Prod., 12: 17-24. III. Disease and management factors. Trop. Anim. Health Prod., 12: 77-84. IV. Economics factors. Trop. Anim. Health Prod., 12: 161-170.
Saka, G.S., Atachade, J.C. et Bio Gounou, S. 1991. Etude des données zootechniques et socio-économiques du programme d'hydraulique pastorale. Rapport de mission, Ministère du développement rural, Bénin.
SEDES. 1977. Statistiques de la production animale des pays tropicaux Aide-mémoire à l'usage des agents des services de production animale. Paris.
Symoens, C. et Hounsou-Ve, G. 1991. Mesures barymétriques chez le bétail Borgou dans le nord-est du Bénin. Rev, Elev. Méd, vét. Pays trop,, 44(4): 487-490
Taze, Y., Cuisance, D. et Politzar, H. 1977. Les glossines dans le nord de la Côte d'Ivoire: contrainte sur le développement de l'élevage. Dans Recherche sur l'élevage bovin en zone tropicale humide. Premier colloque international, Bouaké, 18-22 avril 1977. Tome 2, p. 197-208. IEMVT, Maisons-Alfort, France.
Wilson, R.T. 1988. La production animale au Mali central: études à long terme sur les bovins et les petits ruminants dans le système agropastoral. Rapport de recherche n° 14. CIPEA, Addis-Abeba.


Catégories d'animaux bovins

Femelles
Vache:
femelle en âge de reproduction
Génisse:
jeune femelle de plus de 12 mois jusqu'à la première mise bas
Velle:
jeune femelle de la naissance à 12 mois
Mâles
Taureau:
mâle en âge de reproduction (3 ans et plus)
Taurillon:
jeune mâle de plus de 12 mois jusqu'à 3 ans
Bœuf:
mâle castré
Veau:
jeune mâle de la naissance à 12 mois

Définition des paramètres de reproduction et de production

Taux de fécondité (Tf)

Nombre de naissances vivantes au cours de l'année (p) rapporté au nombre de femelles en âge de reproduire (a)
Tf = (p/a) x 100. On parle aussi de taux de vêlage.

Taux de mortalité (Tm)

Nombre de mortalités enregistrées au cours de l'année (m) rapporté
à l'effectif du troupeau (t)
Tm = (m/t) x 100. Ce paramètre se calcule pour chaque catégorie d'animaux.

Taux d'exploitation (Te)

Nombre d'animaux vendus, abattus, perdus, donnés ou retirés de confiage au cours de l'année (e) rapporté à l'effectif moyen du troupe au (E = (effectif début d'année + effectif fin d'année)/2)
Te = (e/E)/100

Le taux d'exploitation potentiel se traduit par le nombre de naissances auquel on soustrait le nombre de mortalités, rapporté à l'effectif du troupeau.

Taux de croît (Tc)

Ce taux exprime la variation d'effectif d'une année à l'autre
Tc = (effectif fin d'année - effectif début d'année) x 100/effectif début d'année

Etapes du calcul de l'indice de productivité

Paramètres
Code
Calcul
Viabilité des femelles adultes (%)
A

Taux de fécondité (%)
B

Viabilité des veaux jusqu'à 12 mois (%
C

Veaux atteignant 1 an (%)
D
(BxC)/100
Poids des veaux à 1 an (kg)
E

Lait trait par an (kg)
F

Vaches achevant une lactation1 (%)
G
C+((100-C)/2)
Equivalent en poids vif de lait trait2 (kg)
H
(Fx(G/100))/9
Poids total des veaux de 1 an produit par vache3 (kg)
1
Ex(D/100)
Indice de productivité par vache et par an4 (kg)
J
((H+I)/(A+(100-A)/2))x100
Poids des femelles adultes (kg)
K

Indice de productivité5 (kg)
IP
J/(K/100)
1 Une vache dont le veau meurt durant la période de lactation est considérée comme ayant produit du lait pendant la moitié de cette période.
2 Facteur de conversion de Drewry et al., (cité par FAO, 1980).
3 Poids des veaux de 1 an plus l'équivalent en poids vif de lait trait par vache élevée.
4 Une vache mourant durant une année est considérée comme ayant
été maintenue pendant la moitié de l'année.
5 Poids des veaux de 1 an plus l'équivalent en poids vif de lait trait par 100 kg de vache élevée par an. 

Source: 

J.-P. Dehoux et G. Hounsou-Ve
Adresse des auteurs: Projet de développement pastoral intégré dans le Borgou, Phase II (FAO), B.P. 23, Parakou, Bénin.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire